• 66 : La reine des chiffres

     

    66 : La reine des chiffres

     

    La fillette fait tourner son vélo très promptement dans l’entrée menant à la cour de sa maison, pressée de dire à sa mère qu’elle a récité la table de multiplication de 7 sans se tromper, recevant des félicitations de son enseignante. Voici le moment favori de tous les enfants : entre la fin de la journée scolaire et le souper. Une heure de liberté, avant de s’attabler pour étudier, jouer brièvement et se coucher.

    « Il fait chaud… Comme dans le temps des vacances ! À quoi jouer ? Ma corde à danser ! » C’est grâce à cet objet que la petite apprend par cœur les tables de multiplication, d’addition. Rythmer 3 X 1 = 3, 3 X 2 = 6, 3 X 3 = 9 devient facile, quand on le fait en s’amusant. Par contre, pour les divisions, le saut à la corde n’est pas recommandé. Sa mère cogne dans la fenêtre avec le bout de ses ongles. « Zut ! Une commission, sans doute. » Aller chercher du pain ? Les petites filles polies marchent doucement, alors que celles qui se déplacent en multipliant le font en sautillant.

    À la tabagie, elle montre son majeur à la patronne et souligne : « UN pain. » L’enfant précise qu’il doit lui revenir 6 sous de monnaie, avec l’évocation de la soustraction comme preuve. Les chiffres ne peuvent mentir. Sa maman lui a dit que s’il y avait un sou noir dans sa monnaie, elle n’aurait qu’à le garder. La fillette pourrait acheter une sucrerie, mais elle préfère penser à économiser, désireuse de se procurer une peinture numérotée d’un cheval, notée au 5-10-15 du quartier.

    « Vingt milles à l’heure est la vitesse permise. Celui-là devait faire le double. 20 X 2 égale 40 milles à l’heure. Le policier moustachu devrait l’arrêter et le jeter en prison. À cette heure, c’est dangereux d’écraser les petits qui reviennent de l’école. Surtout les filles ! Tiens ! Trois filles et un garçon ! 3 + 1 égale 4 enfants. Je vais les saluer avec mes mains. Cinq doigts dans la gauche et cinq dans la droite. 5 + 5 égale 10 doigts. Le frère de maman a perdu un doigt à son usine. 5 + 4 égale 9 doigts pour le pauvre oncle. » De retour à la maison, elle se presse de donner le pain à sa mère et de déposer le sou noir dans sa tirelire en forme de cochon.

    Voilà le porc de plastique sur la table à pique-nique de la cour, vidé de ses intestins. Elle compte les sous à haute voix, les dispose en unité de cinq. « Sept piles valant cinq sous chacune. Combien est-ce que je possède d’argent ? 5 X 7 égale 35 sous. J’ajoute les trois sous restants : 35 + 3 égale 38 sous. Me voilà millionnaire ! J’aurais pu acheter la peinture numérotée bien avant. Je vais attendre qu’il pleuve, parce que c’est alors plus amusant de devenir peintre. Que dirait mon manuel d’arithmétique ? Si une peinture numérotée coûte 15 sous et que la petite fille a 38 sous, combien de peintures pourra-t-elle acheter ?  38 divisé par 15 égale 2.5. Elle pourra donc acheter deux peintures et il lui restera… heu… 8 sous pour… ah oui… La taxe… Ça, la maîtresse ne nous l’a pas encore montré… »

    Le gourmand cochon avale les sous dix à la fois. L’enfant a calculé qu’ainsi, la tirelire se régalera dix-neuf fois, mais le repas est interrompu par l’arrivée de quatre oiseaux sur la clôture. Elle approche doucement pour mieux les compter et savoir le nombre d’ailes, mais ses pas sont un peu trop brusques et le problème s’envole. Retour au cochon. Rassasié, il rentre repus vers la chambre de la fillette, sur le bureau, à côté de ses blocs alphabétique, épelant le chiffre de la date d’aujourd’hui.

    La voilà de nouveau sur sa bicyclette, comptant le nombre de rotations du pédalier, de la cour jusqu’au bord du trottoir. Elle calcule ce que ce chiffre deviendra si elle fait l’aller-retour cinq fois de suite. À ce point, elle regarde les grandes qui sortent de l’école de secrétariat, marchant vers l’arrêt d’autobus. La petite les admire, se disant qu’à leur âge, elle étudiera à cette école pour devenir une secrétaire, un métier prestigieux où savoir compter est aussi important que connaître la grammaire. Elle ose approcher pour demander à trois d’entre elles combien il y a d’élèves dans cette école. Les réponses varient : 53, 46 et 62. Ces chiffres additionnés et le résultat divisé par trois indique une moyenne : 53.3 étudiantes. « Je ne voudrais pas être une .3 », pense-t-elle, en les remerciant.

    La fille aime beaucoup l’activité qu’il y a sur les trottoirs la fin de l’après-midi. Les enfants qui reviennent de l’école, les mères qui respirent une bouffée d’air avant de préparer le souper, les vieux qui prennent leur marche de santé et certains adultes ayant terminé leur journée de travail. Comme d’autres, elle se tord le cou en voyant un électricien grimpé au bout d’une longue échelle, effectuant une réparation. L’enfant se demande le nombre de marches de l’échelle et la hauteur que cet homme a franchie. Avec ces deux données, elle pourrait inventer quelques problèmes amusants. L’électricien, de bonne humeur, prend le temps d’envoyer la main à ce public. Une vieille femme dit à l’enfant qu’elle a eu quatre-vingt-cinq ans aujourd’hui.

    « A)- Si cette bonne grand-maman a 85 ans et que j’en ai 8, combien y’a-t-il d’années de différence entre nous ? B)- En quelle année est-elle née ? Hmmm… Réponse A)- : Elle a 77 années de plus que moi. Réponse B)- : Elle est née en 1864. C)- En 1864, le Canada avait été découvert depuis combien de temps ? 1864 moins 1536… et… heu… Est-ce que c’est en 1535 ou 1536 ? L’histoire du Canada et moi, hein… Je vais regarder dans mon livre et connaître la réponse. Bonne journée, madame. Vous avez 77 années de plus que moi. » 

    La petite fille décide de poursuivre sa route jusqu’au parc, afin de compter les canards nageant dans l’étang. Elle arrête plutôt au terrain de balle, où un employé municipal tond la pelouse. « C’est vrai ! La partie de championnat aura lieu ce soir ! Mon oncle joue dans l’équipe. Tiens ! La grande fille du casse-croûte prépare sa soirée. Je vais aller voir. » L’enfant apprend qu’il y a quatre caisses contenant vingt-cinq sacs de chips à cinq sous. « Elle aura cent sacs à vendre et pourra toucher cinq dollars. On ne s’enrichit pas à vendre des chips, mais c’est bon à grignoter. Je vais aller aider maman à préparer le souper, puis lui demander de venir applaudir mon oncle ce soir, puis acheter un des cent sacs. Il en restera alors 99. Vite ! Sur mon vélo : 1, 2, 3, 4, 5 : je pédale ! » 

     


  • Commentaires

    1
    fanfan76
    Mardi 20 Mai 2014 à 13:58

    Et bien cette petite fille sera professeur de mathématique ou comptable... fanfan

    2
    Mardi 20 Mai 2014 à 17:55

    Aussi clair que 1 + 1 = 2

    3
    Fleur rose
    Samedi 24 Mai 2014 à 04:37

    Rigolo !

    4
    Samedi 24 Mai 2014 à 05:50

    Merci !

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