• 13 : La jeune mère et les nuits du nouveau-né

     

    13 : La jeune mère et les nuits du nouveau-né

    La jeune mère se sent étourdie et ses pieds paraissent lourds. Le bébé, au timbre puissant, l'a de nouveau tirée du lit. Parfois, à trois reprises par nuit. Quel goinfre ! Le voilà dévorant la tétine, comme si rien d'autre n'existait dans l'univers. Période difficile que les premiers mois de vie, elle ne l'ignore pas. La nouvelle maman est l'aînée d'une famille de huit. Alors, des poupons, elle en a vu passer pour la peine. Son propre nouveau-né, c'est une autre histoire !

    " Quand je pense que tu vas tout rejeter ça dans ta couche comme cadeau dès l'instant où j'aurai cessé de penser que je peux dormir la nuit entière. Est-ce que ça valait la peine de me ré... Quelle heure est-il, au juste ? Trois heures. Précis, hein, le fils ! Qu'est-ce que tu désires de plus ? Une promenade dans le couloir et des tapes dans le dos pour le petit rot ? Après, je te jette dans ton lit, je claque la porte et je retourner sous mes couvertures. Pour ta chanson, t'attendras une autre fois. Je ne suis pas d'humeur pour fredonner !"

    L'enfant satisfait du repas, la femme lave le biberon machinalement, se demandant pourquoi elle ne retourne pas se coucher immédiatement. Sa mère lui a dit cent fois que les bébés pleurent pour rien et que ça devient de l'esclavage de se prosterner devant le moindre cri. La voilà marchant dans le couloir, craintive de se cogner contre les murs. Elle dépose le bébé sur le sofa du salon, puis avance pour regarder à l'extérieur. La jeune femme décide d'ouvrir la porte et de respirer profondément. La ville semble éteinte, si calme, malgré le ronronnement d'une usine, pourtant située à une vingtaine de rues. Son mari, policier, lui parle d'activités nocturnes incessantes : chicanes de ménage, hommes ivres, chauffards, voleurs, vagabondage. Soudain, sentant peut-être un courant d'air, le bébé rechigne. Elle claque la porte et lance : " Ouais ! Ouais ! J'ai compris !"

    Elle ignore cette protestation, vole vers sa chambre pour enfiler ses pantoufles, fait un ricochet par la cuisine pour se verser un verre d'eau, fort utilie pour accompagner son aspirine. Au salon, le bébé a cessé ses lamentations. Elle ouvre la porte de la penderie et met la main sur son manteau, afin de sortir à nouveau. La fraîcheur le change de l'air étouffant de la maison, "où ça sent le bébé partout."

    Elle allume une délicieuse cigarette, goûtée à petites doses nerveuses. Soudain, curieusement, elle se sent encore enceinte, alors que le médecin lui avait recommandé d'éviter l'usage du tabac. Puis elle sourit, se remémorant les gentillesses répétées de son époux, inquiet de la voir grossir. À l'occasion, elle a abusé, pour son amusement. Elle lui a fait le coup de la fringale pour des fraises, à six heures du matin. Le bougre en a trouvé et n'a même pas maugréé quand, après en avoir mangé une seule, elle avait miaulé ne plus avoir faim.

    " Maintenant que je me suis prolongée dans mon fils, une partie de moi vient d'être donnée à ce gourmand braillard. Les enfants grugent la jeunesse de leurs parents. Ma mère disait que les petits la faisaient vieillir. Je trouvais ça drôle. Maintenant, je comprends mieux ce qu'elle voulait dire. Je frémis en pensant au moment où cet imbécile va percer ses dents, commencer à marcher pour se cogner partout, que je devrai lui répéter sans cesse qu'il ne faut pas mettre la main sur le rond du poêle. Il me posera mille questions par demi-heure. Puis après, hein ! Je ne veux pas étudier, je veux aller jouer ! Ensuite, c'est l'âge de la raison... Les filles ! Il va vouloir une petite amie, cet idiot ! Je devrais le retourner tout de suite à la pouponnière et dire que j'étais entrée à l'hôpital pour soigner une allergie, et non pour revenir chez moi avec ce monstre."

    La cigarette achevée, la femme rentre et demeure surprise en voyant l'angelot silencieux, bougeant les jambes comme s'il pédalait. "Ça va ! À la claire fontaine, mais seulement le refrain et un couplet. Rien de plus. Après, tu fermes ta gueule et tu dors !" Le concerto terminé, elle retourne à la cuisine, cherche un biscuit, mais tombe nez à nez avec la provision de couches. Elle frémit en pensant que ce blanc immaculé deviendra... Retournant au salon, elle sursaute en mettant le pied sur un ourson. Elle se demande comment ce jouet a pu tomber par terre.

    Elle s'assoit, fait danser l'animal sur son genou, sous l'indifférence du bébé. Un autre présent du mari. L'enfant a déjà son bâton de hockey, sous prétexte qu'ils seront hors de prix dans sept ans. Et les blocs alphabétiques ? Présents aussi. Peut-être les achète-t-il pour lui-même.  "C'est ton papa qui t'a offert ce jouet. Tu pourrais faire l'effort de rire, non ? Bon ! Je crois que cette fois, tu es fin prêt pour dormir." Le mignon déposé dans ses draps, elle marche vivement vers son propre lit. Un coup d'oeil vers le réveille-matin : presque trois heures quinze. Aaaaa... yeux fermés !

    " Oh non... Ce n'est pas vrai ! Pourquoi se remet-il à pleurer ? Il a bu, a roté, entendu sa chanson : qu'est-ce qu'il lui faut de plus ? Pas question ! Je ne me lève plus ! Pleure, crétin !" Contre toute logique, trente secondes plus tard, la voilà face au berceau, poings crispés, prête à exploser. Le petit est rougeâtre et agite les mains. Elle lui tire la langue. " Grandis ! Dépêche ! Quand t'auras l'âge de raison, je t'enseignerai qu'un homme, ça ne pleure pas. Ça va ! Ça va ! Tu veux ma peau !"

    Le bébé entre les bras, la jeune femme parcourt le couloir comme un olympien à l'approche du fil de la victoire. Elle lui hurle une chanson de Tino Rossi. " Il te reste trente secondes pour te la fermer et retourner d'où tu viens. T'entends ? Je ne me lève plus ! Je vais remplacer mon mari dans l'auto patrouille et c'est lui qui passera des nuits blanches ! Moins de vingt-cinq secondes !" Le pas augmente et le chéri diminue légèrement de ton. " Quinze secondes !" Alors que le compte à rebours fatal débute, il recommence de plus belle.

    Rien à faire ! La jeune femme se cache la tête sous deux oreillers. Soudain, elle cesse de s'agiter et constate que l'enfant ne pleure plus. " Mais qu'est-ce qu'il a encore à se taire ? Je vais... Ah non, ma fille ! Demeure dans ce lit ! Enfin, je vais dormir, dans le plus beau silence du monde entier et... Quoi ? Oh non... Pas encore le vieux du dessous qui perd la notion du temps ! Pitié ! Plus de bruit ! Vous allez réveiller mon fils ! Silence, à la fin !"


  • Commentaires

    1
    fanfan76
    Mardi 17 Juin 2014 à 21:30

    Très bien décrit, Mario, la maman qui n'est pas contente quand son bébé pleure mais évidemment pas rassurée du tout quand son bébé ne pleure plus c'est toujours comme cela! si on ne l'entend plus, toutes les raisons de se demander si c'est normal... fanfan

    2
    Mardi 17 Juin 2014 à 22:31

    Merci. Ce sont des choses dont j'entends parler, car je n'ai jamais eu de bébé. Ellle l'engueule un peu, mais on voit qu'elle aime bien le bébé.

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